Contexte

Le brut léger américain (West Texas Intermediate) est passé sous la barre des 72 dollars le baril en séance, après avoir frôlé les 76 dollars plus tôt dans la matinée. Le Brent de la mer du Nord, référence internationale, a cédé 4,8 % à 76,20 dollars. Ce brutal retournement fait suite à une information publiée par CNBC et MarketWatch selon laquelle la Maison-Blanche aurait validé un rapport faisant état de « progrès substantiels » vers un pacte de paix, incluant une prolongation de 60 jours du cessez-le-feu actuel. Selon Bloomberg, l'accord est désormais « en attente de l'approbation du président Trump », une formulation qui laisse planer une incertitude de dernière minute mais qui a suffi à déclencher une vague de ventes sur le complexe énergétique.

Les marchés pétroliers vivent depuis fin février 2026 au rythme des nouvelles du conflit iranien et de la fermeture du détroit d'Ormuz, par où transite un cinquième du commerce mondial de pétrole. La prime de risque géopolitique intégrée dans les cours avait atteint un sommet de 15 dollars par baril au plus fort de la crise. L'hypothèse d'une désescalade, même progressive, suffit à la faire fondre en quelques heures. Mais ce reflux brutal masque une réalité industrielle : les infrastructures pétrolières de la région ont subi des dégâts considérables, et le rétablissement des flux normaux par Ormuz prendra, selon les estimations de plusieurs analystes cités par Bloomberg, « plusieurs mois ».

Réactions en chaîne sur les autres classes d'actifs

Le reflux du pétrole a immédiatement pesé sur le dollar américain, traditionnellement corrélé positivement aux prix de l'énergie en période de tensions géopolitiques. L'indice du dollar (DXY) a cédé 0,6 %, tombant à son plus bas niveau depuis trois semaines face à un panier de devises. L'euro est remonté à 1,076 dollar, la livre sterling à 1,267, et le yen japonais s'est renforcé à 143 pour un dollar. Les devises des pays émergents importateurs de pétrole, comme la livre turque et le rand sud-africain, ont également bénéficié de ce mouvement.

Sur le marché obligataire, les Treasuries ont progressé, le rendement du 10 ans se détendant de 8 points de base à 4,65 %, un plus bas depuis le 20 mai. Cette détente reflète à la fois l'anticipation d'une pression inflationniste moindre si les prix de l'énergie baissent, et un mouvement de réallocation des flux des matières premières vers les actifs refuges. Les marchés actions, en revanche, ont peu réagi : le S&P 500 est resté quasi stable, les valeurs énergétiques (ExxonMobil, Chevron, ConocoPhillips) perdant entre 2 % et 4 %, mais les secteurs bénéficiaires de la baisse du pétrole, comme le transport aérien, compensant partiellement les pertes.

Perspective

Les analystes restent divisés sur la soutenabilité du mouvement de baisse. « Le marché vend la nouvelle, mais il oublie que les stocks mondiaux de brut sont au plus bas depuis 2018 et que la capacité de production inutilisée de l'OPEP+ est quasiment nulle », indique un économiste spécialisé dans les matières premières interrogé par Bloomberg. La production iranienne, qui représentait 3,8 millions de barils par jour avant le conflit, est toujours largement hors ligne. L'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, qui ont augmenté leur production pour compenser, n'ont que des marges de manœuvre limitées.

Si le cessez-le-feu est confirmé et que le détroit d'Ormuz commence à rouvrir progressivement, les prix du brut pourraient encore reculer de 5 % à 8 % supplémentaires, selon les estimations de Goldman Sachs reprises par CNBC, ce qui ramènerait le WTI autour de 65 dollars. Mais une rupture des négociations, que le conditionnel employé par la Maison-Blanche ne permet pas d'exclure, provoquerait une remontée immédiate de la prime de risque géopolitique. Les marchés pétroliers restent, en cette fin mai 2026, suspendus à la signature d'un seul homme.

Par la rédaction AvenPress