Contexte

L'annonce a été faite en marge du sommet Choose France, le rendez-vous annuel des investisseurs internationaux organisé par le président Emmanuel Macron au château de Versailles. Masayoshi Son, fondateur et PDG de SoftBank, était présent pour officialiser ce qui constitue le plus important investissement jamais réalisé dans l'infrastructure numérique française, et le plus gros engagement du groupe japonais en Europe dans le domaine de l'intelligence artificielle.

Le choix de la France n'est pas anodin. SoftBank, qui a concentré l'essentiel de ses investissements aux États-Unis — notamment via le projet Stargate (500 milliards de dollars avec OpenAI et Oracle) et un campus géant dans l'Ohio — cherchait une tête de pont européenne. Le mix énergétique français, riche en électricité décarbonée d'origine nucléaire, constitue un avantage compétitif décisif pour des data centers dont la consommation électrique atteindra plusieurs centaines de mégawatts par site. Selon Fortune, Son aurait été « très impressionné par l'engagement personnel d'Emmanuel Macron en faveur de la réussite économique de la France ».

Ce projet s'inscrit dans une stratégie d'accélération massive des investissements de SoftBank dans les infrastructures d'IA. Le groupe a déjà engagé des sommes considérables aux États-Unis et en Asie, mais l'Europe restait jusqu'à présent le parent pauvre de sa feuille de route. En mars 2026, SoftBank a annoncé un programme de 500 milliards de dollars dans l'Ohio, et en avril, le Financial Times révélait que Son préparait la cotation d'une société autonome spécialisée dans l'IA et la robotique aux États-Unis.

Les sites retenus pour la première phase — Loon-Plage près de Dunkerque, Bosquel (Somme) et Bouchain (Nord) — offrent tous un accès à des capacités de raccordement électrique élevées et une proximité avec les grands câbles sous-marins de données qui relient la France aux États-Unis et à l'Asie. Le projet devrait générer, selon les premières estimations, plusieurs milliers d'emplois directs et indirects pendant la phase de construction et d'exploitation.

Enjeux

Le premier enjeu est énergétique. Chaque data center de nouvelle génération conçu pour l'entraînement de grands modèles d'IA consomme entre 200 et 500 MW, soit l'équivalent de la consommation électrique d'une ville de 100 000 à 300 000 habitants. Les 5 GW de capacité totale annoncés par SoftBank représenteront, à terme, environ 10 % de la production électrique nucléaire française actuelle (61 GW). Le gouvernement français a confirmé que le réseau électrique national dispose des marges nécessaires, sous réserve du calendrier de déploiement des réacteurs EPR2 et des énergies renouvelables.

Le second enjeu est géostratégique. Alors que l'Union européenne cherche à réduire sa dépendance technologique vis-à-vis des États-Unis et de la Chine, l'arrivée de SoftBank — un acteur japonais allié à OpenAI et au projet Stargate — place la France au cœur de la carte mondiale de l'infrastructure IA. Le ministre de l'Économie, Roland Lescure, cité par TechCrunch, a salué une décision qui « témoigne de l'ambition du président Macron de positionner la France comme une destination de premier plan tout au long de la chaîne de valeur de l'IA ». Toutefois, des voix s'élèvent déjà pour souligner que ces data centers resteront sous contrôle étranger et hébergeront des données critiques pour la souveraineté numérique européenne.

Le troisième enjeu est environnemental. La construction de data centers massifs suscite une opposition croissante aux États-Unis, où des projets similaires se heurtent à des recours pour leur impact sur les ressources en eau et leur empreinte carbone. En France, le gouvernement mise sur l'énergie nucléaire décarbonée pour contenir ces critiques. Le choix des Hauts-de-France, une région en reconversion industrielle, permet également de présenter le projet comme un levier de développement économique local.

Perspective

Avec ce plan, SoftBank confirme son positionnement unique : ni purement investisseur financier, ni purement opérateur industriel, mais bâtisseur d'infrastructures pour compte propre et pour des tiers. Le groupe, qui détient une participation dans OpenAI et cofinance le projet Stargate, intègre verticalement sa stratégie : de la puce (avec Arm, Ampere Computing et Graphcore) jusqu'au data center clé en main.

Pour la France, l'impact va bien au-delà du montant annoncé. Ce projet ancre le pays dans le réseau mondial de l'IA au moment où les grandes puissances se livrent une compétition féroce pour attirer les investissements d'infrastructure. Selon les termes de l'accord, le gouvernement français s'est engagé à faciliter les procédures administratives et les raccordements électriques, tandis que SoftBank s'est engagé sur un calendrier de livraison et des normes environnementales exigeantes.

L'aboutissement de ce plan dépendra toutefois de plusieurs facteurs : la disponibilité effective des capacités électriques, l'obtention des permis de construire et l'évolution de la réglementation européenne sur les données et le cloud. La première pierre est attendue pour 2027 sur le site de Loon-Plage. Si le calendrier est tenu, la France pourrait compter sur 3,1 GW de capacité IA d'ici 2031 — de quoi rivaliser avec les grands hubs américains comme la Virginie du Nord ou l'Ohio.

Par la rédaction AvenPress