Contexte

Jamais trois IPO technologiques d'une telle envergure ne s'étaient chevauchées à ce point. Quantinuum, la société de calcul quantique adossée à Honeywell International, envisage d'augmenter la taille et la fourchette de prix de son introduction en Bourse, selon une source proche du dossier citée par Bloomberg le 29 mai 2026. Cette décision intervient alors que l'appétit des investisseurs pour les valeurs technologiques atteint des niveaux inédits depuis 2021, porté par la fièvre de l'intelligence artificielle et un contexte géopolitique qui s'éclaircit.

SpaceX, de son côté, s'apprête à réaliser le plus grand IPO de l'histoire des marchés financiers. La société d'Elon Musk, valorisée plus de 350 milliards de dollars sur le marché secondaire, devrait lever plusieurs dizaines de milliards lors de son introduction prévue en juin, selon des informations concordantes rapportées par Bloomberg et le Financial Times. Toutefois, l'explosion d'une fusée Blue Origin fin mai a tempéré l'enthousiasme ambiant, rappelant les risques inhérents au secteur spatial. Le Financial Times s'interroge d'ailleurs sur un possible « enshittification des marchés » dans un éditorial du 29 mai, pointant les risques d'une valorisation déconnectée des fondamentaux.

OpenAI, le créateur de ChatGPT, structure pour sa part un syndicat bancaire de premier plan pour son introduction en Bourse. Selon Bloomberg, la société a discuté avec Citigroup et JPMorgan Chase pour rejoindre son pool de banques chefs de file, aux côtés de Goldman Sachs qui serait déjà engagée. Une introduction qui pourrait valoriser l'entreprise entre 250 et 300 milliards de dollars, selon les estimations de plusieurs analystes de marché.

Enjeux pour les marchés de capitaux

La concentration de ces trois opérations dans une fenêtre de marché aussi resserrée soulève des questions sur la capacité d'absorption du marché primaire. Si Quantinuum devrait lever entre 1 et 2 milliards de dollars, les montants cumulés des trois opérations pourraient dépasser les 50 milliards, soit l'équivalent de la moitié des levées totales du Nasdaq sur l'ensemble de l'année 2025. Une telle concentration de l'offre pourrait peser sur les valorisations, d'autant que les gérants d'actifs devront arbitrer entre ces trois dossiers.

Le timing n'est pas neutre. La trêve Iran-États-Unis, bien que non encore finalisée (Trump a promis une « détermination finale » imminente, selon le Financial Times du 29 mai), a déclenché un rallye sur les actions qui offre une fenêtre de tir idéale pour les introductions en Bourse. Le S&P 500 a enregistré sa plus longue série de hausses depuis 2023, porté par les espoirs de paix et les dépenses massives dans l'IA. Les banquiers d'affaires savent que cette fenêtre pourrait se refermer rapidement si les négociations avec Téhéran s'enlisaient.

Pour Quantinuum, le calcul est particulièrement stratégique. Le secteur du calcul quantique, longtemps cantonné au stade expérimental, entre dans une phase de commercialisation accélérée. La décision de relever le prix de l'IPO témoigne de la confiance des investisseurs dans la trajectoire de monétisation de la technologie, mais aussi de la pression pour capitaliser sur l'intérêt suscité par l'IA avant que le marché ne se retourne.

Du côté d'OpenAI, l'arrivée de Citigroup et JPMorgan aux côtés de Goldman Sachs dans le syndicat bancaire constitue un signal fort sur la crédibilité de l'opération. Ces trois institutions sont parmi les plus sélectives de Wall Street pour les mandats d'IPO, et leur présence commune indique que le dossier OpenAI est considéré comme l'une des opérations les plus importantes de la décennie, au même titre que l'introduction d'Alibaba en 2014 ou celle de Meta en 2012.

Perspective

Les trois IPO devraient se dérouler entre juin et septembre 2026, sous réserve des conditions de marché. SpaceX ouvrira le bal en juin, suivi de Quantinuum en juillet, puis d'OpenAI à la rentrée de septembre. Ce calendrier, s'il se confirme, offrirait aux investisseurs une visibilité exceptionnelle sur le pipeline d'introductions technologiques et pourrait raviver l'appétit pour le secteur, après deux années de relative atonie sur le marché primaire.

Reste que l'incertitude géopolitique (Iran, élections de mi-mandat aux États-Unis) et la tentation de la Fed de maintenir des taux élevés plus longtemps constituent des nuages à l'horizon. La prudence reste de mise pour les investisseurs de long terme, qui devront évaluer chacun de ces dossiers avec la rigueur qu'exige leur taille et leur complexité technologique. Les comparer à la bulle internet de 1999 serait tentant, mais trompeur : les trois sociétés génèrent des revenus réels et adressent des marchés dont l'existence n'est plus à démontrer. Reste à savoir à quel prix.

Par la rédaction AvenPress

Sources : Bloomberg, « Quantinuum Said to Weigh Boosting IPO Size and Price Range », 29 mai 2026 · Bloomberg, « OpenAI Has Discussed Adding Citigroup, JPMorgan to Bank Lineup for IPO », 29 mai 2026 · Bloomberg, « US Stocks Extend Win Streak on Peace Deal Hopes, AI Excitement », 29 mai 2026 · Financial Times, « SpaceX and the 'enshittification' of markets », 29 mai 2026 · Financial Times, « Trump pledges 'final determination' on Iran deal to extend ceasefire », 29 mai 2026 · MarketWatch, « Space stocks tumble after Blue Origin explosion », 29 mai 2026